Falardeau’s neighbour

17 mai 1642

La politesse, SVP !

Nous sommes nombreux chaque jour à ne pas savoir comment réagir au manque de courtoisie des gens. De l’interlocuteur qui parle trop fort au portable dans un lieu public jusqu’au conducteur hostile sur l’autoroute, la politesse semble être une denrée de plus en plus rare et ces désagréments touchent toutes les sphères d’activité. De l’intimidation aux échanges de grossièretés sur Internet, en passant par les propos blessants d’un proche insensible, l’auteur relève plus de 100 situations pour lesquelles il nous invite à réagir en faisant preuve d’assurance et de courtoisie, de telle sorte que le cycle de l’impolitesse soit brisé.

” And we are British ! “

Deuxième incident : à Orléans, en septembre 1944, je découvre la sordide réalité de l’armée américaine ou, du moins, de certains de ses représentants. Troisième déconvenue : cette fois-ci avec l’allié soviétique dont la sauvagerie n’est bientôt plus un secret pour personne. En somme, il ne me reste que les Britanniques pour entretenir mes illusions, que je commence à perdre avec l’atroce bombardement de Dresde (13-14 février 1945), suivi du mitraillage systématique des civils, y compris des juifs en liberté, cherchant à fuir la fournaise. En août 1945, je suis à Brighton, où je me rends au cinéma ; le film des actualités nous montre des soldats japonais transformés par un lanceflammes en torches vivantes ; près de moi, j’entends une Anglaise souffler à sa voisine : « And we are British ! » (« Et nous sommes des Britanniques ! », autrement dit : « Et nous nous prenons pour des civilisés ! »).

Le 28 décembre 2007, entretien avec « L’Inconnue »

Les Mystères de la gauche

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Dans Les Mystères de la gauche, le philosophe français Jean-Claude Michéa poursuit sa réflexion sur ces dérives des positionnements idéologiques de la gauche (notamment française) entreprise en 2006 dans Impasse Adam Smith jusqu’en 2011 dans Le complexe d’Orphée. En substance, dans ce court essai plein de finesse, Michéa affirme que la gauche «officielle» ne se distingue plus de la droite que de manière superficielle parce qu’elle embrasse l’idéologie du progrès et de la croissance économique consubstantielle au capitalisme. Autrement dit, la gauche actuelle ne propose pas (plus) une critique des fondements du capitalisme - laquelle critique devrait, ce faisant, constituer la base même de sa proposition politique.
Cette critique «radicale» devrait, selon l’auteur, remettre profondément en question la «société de consommation généralisée», «principalement fondée sur le crédit - autrement dit, sur l’endettement structurel du système -, l’obsolescence programmée et la propagande publicitaire)» (p. 29) et l’«atomisation du monde», un «déracinement radical» (p. 37) des humains, véritable clef philosophique du libéralisme économique et politique. 
Une gauche véritablement critique du capitalisme remettrait radicalement en question, dans cette vision des choses, l’idéologie libérale de la liberté d’individus atomisés vue comme une «propriété purement privée inhérente à l’individu isolé» (p. 40) et de leur dépendance aux contraintes aliénantes du marché mondial, de la technologie et de la consommation. La gauche ayant embrassé l’idéologie du progrès et de la croissance économique à tout prix, elle n’est plus en mesure de proposer aux masses populaires une véritable option politique. Ce faisant, elle ne rejoint plus le peuple dit de droite qui, pourtant, a de bonnes raisons, «lui aussi, d’être indigné par l’état présent des choses». La gauche de la gauche doit «l’aider ainsi à tourner sa colère et son exaspération grandissante contre ce qui constitue, en dernière instance, la cause première de ses malheurs et de ses souffrances, à savoir ce système libéral mondialisé qui ne peut croître et prospérer qu’en détruisant progressivement l’ensemble des valeurs morales auxquelles ce petit peuple de droite est encore profondément - et légitimement - attaché» (p.54).
L’état crépusculaire du monde dans lequel nous vivons nécessite une critique urgente des causes profonde de son délitement: la logique de croissance d’un système technologico-consumériste qui porte en lui les fondements mêmes de la destruction de la nature, des liens moraux et du sens de la communauté ancrée dans son histoire, sa culture et son territoire. L’aspect radical de cette critique doit définir les termes du débat démocratique opposant la droite libérale et la gauche de la common decency - le lien véritable du munus «qui a donné les mots de ‘commun’, de ‘communauté’ et de ‘communisme’, [qui] désignait d’abord les charges et les obligations - savoir donner, recevoir et rendre - qui relèvent de cette logique de l’honneur et du don» - une «façon à donner toute sa place au souci de soi» (p. 45).
La leçon française de Jean-Claude Michéa s’applique parfaitement bien aux pseudo-débats opposant la gauche et la droite au Québec - lesquels débats s’enlisent malheureusement en de stériles querelles superficielles dont la gauche politique et intellectuelle est particulièrement championne. 


Les Mystères de la gauche: De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, par Jean-Claude Michéa (Climats, 2013, 132 p., ISBN 978-2-0812-9789-0, 23,95$).

Unica via

Philantropia ?

Leur arme – Marx n’y avait pas songé – la « fondation charitable ». Selon la revue américaine The Atlantic,« pour la ploutocratie du XXIe siècle, le symbole majeur du prestige n’est pas le yacht, le cheval de course ou le titre de noblesse ; c’est la fondation philanthropique ». Générosité ? Vous voulez rire – un outil d’évasion fiscale. Le Monde, 19/04/2011 : « Cette philanthropie est en partie financée par l’optimisation fiscale qui permet de faire transiter les profits entre plusieurs pays d’activité par le truchement de places offshore », d’où une fort légale et alléchante « réduction de l’argent acquitté au Trésor ».

Leur propagande mondialiste financée en truandant le fisc ! La vie des ploutocrates est un rêve. Ainsi grimés en dames patronnesses prétendant « faire le bien », ces prédateurs disposent d’un second et puissant outil de propagande : leurs propres médias. Ce sera le sujet de notre prochaine chronique.

Aussi nus et bruts que les hommes des forêts

Ainsi vivions-nous sans penser, et n’en étions pas peu fiers. À nous, fils d’une époque enivrée de matière, le progrès semblait un accomplissement, la machine la clef de la similitude au divin, la lunette et le microscope les organes de la connaissance. Mais sous la coque toujours plus brillamment polie, sous les atours dont nous nous attifions comme des magiciens de foire, nous restions aussi nus et bruts que les hommes des forêts et des steppes.

On le vit bien lorsque la guerre déchira la communauté de l’Europe, lorsque, derrière des drapeaux et des symboles pour lesquels la plupart, et depuis fort longtemps, n’avaient plus qu’un sourire incrédule, nous nous affrontâmes en choc décisifs à la manière immémoriale. Alors l’humain se revancha en fracassante orgie de tout ce qu’il avait laissé perdre. Alors ses pulsions, trop longtemps endiguées par la société et ses lois, redevinrent l’unique et le sacré et l’ultime raison. Et tout ce que le cerveau avait au cours des siècles taillé d’arêtes sans cesse plus tranchantes ne servit plus qu’à accroître la force du poing au-delà de toute mesure.

Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure.

zentropaville:

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Voici cent cinquante ans, le 30 avril 1863, était livrée au Mexique la fameuse bataille de Camerone, devenue emblématique de la Légion étrangère et de son esprit de sacrifice. Cet épisode célèbre a inspiré le dossier de La Nouvelle Revue d’Histoire n° 66 (mai-juin 2013).
N’est-il pas frappant, en effet, que, dans l’histoire européenne, les défaites glorieuses plus que les victoires soient à l’origine des grandes sagas et des plus belles légendes ? Charlemagne fut le vainqueur de nombreuses batailles, mais c’est sa défaite de Roncevaux qui nous est connue et qu’a célébré la Chanson de Roland, le plus ancien chef d’œuvre de la langue française. Quant à la défaite de Waterloo, elle a sans doute compté dans la légende napoléonienne plus que la victoire d’Austerlitz !

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